Depuis plusieurs années, je m’intéresse de près aux arts martiaux japonais. Parmi ces disciplines, l’art des cordes samouraï a particulièrement captivé mon attention. Cette pratique ancestrale, souvent associée au jujutsu, revêt une importance culturelle profonde au Japon.
Les cordes, dans la société nippone, symbolisaient bien plus qu’un simple outil. Elles étaient un moyen d’humiliation sociale, utilisées pour capturer et contrôler les prisonniers. Comme l’explique Christian Russo dans son livre Hojojutsu. L’art des cordes du samouraï (Budo Editions 2022), cette discipline est bien distincte du shibari moderne, qui vise plutôt l’esthétique et l’érotisme.
Mon objectif avec ce guide est de vous faire découvrir les techniques, l’histoire et la philosophie derrière cet art martial. Pour cela, je m’appuie sur des sources historiques, comme le Zukai Torinawajutsu de Seiko Fujita. Plongeons ensemble dans cet univers fascinant.
Introduction au Hojojutsu : l’art des cordes
La corde, dans la culture japonaise, est bien plus qu’un simple outil : c’est un symbole puissant. Utilisée depuis des siècles, elle incarne à la fois la contention physique et la marque sociale. Plongeons dans cet univers fascinant où chaque nœud raconte une histoire.
Qu’est-ce que le Hojojutsu ?
Le Hojojutsu, ou torinawajutsu, est une discipline ancestrale qui consiste à maîtriser l’art des cordes. Initialement développé pour capturer et contrôler les prisonniers, cet art était pratiqué par les officiers de l’ère Tokugawa. Les cordes, en chanvre de 3 à 6 mm de diamètre, étaient choisies pour leur résistance et leur flexibilité.
On distingue deux types principaux : la hayanawa (corde rapide) pour les arrestations urgentes, et la hon-nawa (corde maîtresse) pour les ligotages plus complexes. Chaque technique était codifiée, transformant le rituel en une véritable performance artistique.
La symbolique de la corde dans la culture japonaise
Dans la culture japonaise, la corde symbolise l’anéantissement de l’individu. Comme l’explique Agnès Giard dans L’imaginaire érotique au Japon, elle était un marqueur social, réservée aux criminels. Les couleurs des cordes avaient également une signification profonde : le bleu représentait le printemps et le dragon, tandis que le rouge évoquait l’été et le phénix.
Cet art ne se limitait pas à la contention physique. Il véhiculait un message symbolique, rappelant que chaque geste avait une portée bien au-delà de l’acte lui-même. Aujourd’hui, bien que les menottes modernes aient remplacé les cordes, leur héritage perdure dans les pratiques policières japonaises.
L’histoire du Hojojutsu : des origines à nos jours
L’art des cordes japonaises puise ses racines dans une histoire riche et complexe. De ses origines chinoises à son développement au Japon, cette discipline a évolué en fonction des besoins et des valeurs de chaque époque. Plongeons dans ce voyage temporel pour comprendre comment cet art a traversé les siècles.
Les origines chinoises et religieuses
Les premières traces de techniques de ligotage remontent aux pratiques shintoïstes chinoises. Ces méthodes, initialement utilisées pour des rituels religieux, ont migré vers le Japon lors des échanges culturels entre les deux pays. Comme l’explique Nawa Yumio, ces techniques ont été adaptées pour répondre aux besoins guerriers de l’époque Sengoku (1580-1600).
Ces influences chinoises ont donné naissance à des écoles spécialisées dans l’art des cordes. Chaque école développait ses propres méthodes, souvent gardées secrètes et transmises oralement de maître à disciple.
Le développement au Japon pendant la période Edo
La période Edo (1603-1868) marque l’âge d’or du Hojojutsu. Sous l’influence des lois Tokugawa, les techniques d’entrave, comme le zainin shibari, ont été codifiées. Les ligotages variaient selon le statut social du prisonnier, avec des règles strictes, comme l’interdiction de lier les samouraïs.
À cette époque, près de 150 écoles différentes étaient recensées. Chacune apportait sa touche unique, transformant cet art en une véritable science. Les manuscrits du Seigō Ryû Nawa Sho (1797) témoignent de cette richesse technique.
Le déclin et la renaissance moderne
Avec l’ère Meiji (1868-1912) et l’occidentalisation du Japon, le Hojojutsu a connu un déclin. Les cordes ont été remplacées par des menottes, et les techniques traditionnelles ont été oubliées. Cependant, des figures comme Mizukoshi Hiro ont joué un rôle clé dans la préservation de cet héritage.
La réédition du Torinawajutsu de Mizukoshi Hiro, qui détaille 25 techniques anciennes, a permis de redécouvrir cet art. Aujourd’hui, des organisations comme le Bujinkan Budō Taijutsu continuent de transmettre ces savoirs, tandis que des travaux universitaires à l’université Meiji de Tokyo analysent les manuscrits historiques.
Les techniques et méthodes du Hojojutsu
Explorer les techniques du Hojojutsu, c’est plonger dans un univers où chaque geste a une signification profonde. Cet art martial repose sur quatre règles fondamentales : efficacité, sécurité, secret et esthétique. Ces principes guident chaque mouvement, transformant la contention en une véritable performance.
Les types de cordes utilisées
Les cordes, appelées torinawa, étaient choisies avec soin. En chanvre, elles mesuraient entre 3 et 6 mm de diamètre pour assurer résistance et flexibilité. On distinguait deux types principaux : la hayanawa pour les arrestations rapides et la hon-nawa pour les ligotages cérémoniels. Chaque corde avait un rôle spécifique, adapté à la situation.
Les techniques de ligotage et leur signification
Les techniques de ligotage variaient selon le statut social et la gravité de l’infraction. Par exemple, la méthode ushiro takate kote consistait à lier les mains dans le dos en forme de U. Certains nœuds, comme le suruga doi, étaient infamants, tandis que d’autres, plus complexes, avaient une dimension honorifique. Ces méthodes étaient codifiées dans des manuscrits secrets, les densho.
L’importance de l’anatomie humaine
La connaissance de l’anatomie était essentielle pour maîtriser cet art. Les praticiens utilisaient des points de pression articulaires pour immobiliser leurs sujets. Des techniques comme la pression sur les artères carotides permettaient de contrôler sans causer de dommages permanents. Cette précision témoigne de l’expertise des écoles spécialisées.
Conclusion : l’héritage du Hojojutsu aujourd’hui
Aujourd’hui, l’héritage de l’art cordes samouraï continue de fasciner. Grâce aux écoles de budō traditionnel et aux recherches historiques, cet art connaît une résurgence. Cependant, les livres traduits, comme ceux de Seiko Fujita, restent rares, ce qui limite son accessibilité.
Des passionnés comme Christian Russo jouent un rôle clé dans la vulgarisation de cette discipline. Son livre sur l’art des cordes est une référence pour les amateurs. De plus, les applications modernes, comme les scénarios de combat et les chorégraphies martiales, montrent que cet art reste vivant.
J’ai eu la chance d’assister à une démonstration au dojo de Nogent-sur-Marne, une expérience qui m’a profondément marqué. Pour préserver ce patrimoine en danger, des séminaires internationaux et des collaborations universitaires sont essentiels. Cet héritage mérite d’être transmis aux générations futures.

Passionnée par l’art du lien, Cindy Berthetissot explore depuis plusieurs années l’univers du Shibari, cette pratique japonaise de bondage alliant esthétique, confiance et lâcher-prise. En tant que formatrice, elle transmet avec bienveillance et précision les techniques de nouage, en mettant toujours l’accent sur la sécurité, la connexion émotionnelle et le respect du corps.

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